Quel impact de l’IA sur les filières du cinéma,de l’audiovisuel et du jeu vidéo?

Publié le 6 mars 2024, à l’occasion de la journée « Créer, produire, diffuser à l’heure de l’intelligence artificielle » organisée par le CNC, ce rapport dresse une première synthèse panoramique des différentes incidences de l’IA, et en particulier des outils utilisant l’IA générative, sur les secteurs professionnels transversaux du cinéma, de l’audiovisuel et des jeux vidéos.
La création animée, qui embrasse les trois domaines d’activités, sera (est déjà) particulièrement touchée à court terme.
Cette étude est donc à lire absolument pour ne pas tomber des nues demain matin, quand nous n’aurons peut-être plus que nos yeux pour pleurer.

Télécharger l’étude du CNC

A toutes fins utiles

Chaque année, l’association Les Intervalles accomplit le travail titanesque de recensement des établissements de formation aux métiers de l’animation (cursus, conditions et frais d’inscription, infos pratiques diverses).
Les deux écoles présentes sur le territoire régionale y figurent et permettent ainsi à la filière normande de l’imagerie d’exister sur la carte de l’hexagone, habituellement vide sur l’espace occupé par la Normandie (cf. rapports du CNC animation et VFX, par exemple).

Ce petit détail, anecdotique sans doute pour la plupart d’entre vous, est le premier germe significatif des actions de Normandie Animation pour structurer et développer la filière régionale de la création animée (cinéma, audiovisuel, VFX, jeux vidéos), et plus largement de l’imagerie, fabrication intrinsèquement numérique d’images et de sons.
Notre démarche est longue et laborieuse, car bénévole et soutenue par aucune instance publique, mais elle porte ses fruits et entrera prochainement dans une phase plus concrète et ostensible aux yeux de tous.
Encore un peu de patience.
On ne lâche rien.

Pour consulter l’édition 2024-2025 de l’Annuaire des écoles françaises d’animation

Dans l’angle-mort de la création animée

Les effets visuels numériques (VFX) constituent une part importante du vaste secteur professionnel de la création animée. Ce constat est loin d’être une évidence pour les pouvoirs publiques, pour la majorité des jeunes aspirant à exercer dans les métiers de l’imagerie et même pour les acteurs des Industries Culturelles et Créatives, lesquels adorent les étiquettes, le corporatisme “identitaire”, en veillant bien à ne pas mélanger torchons et serviettes.
Autrement dit, les VFX passent généralement sous les radars médiatiques et l’on ignore qu’ils représentent en France un domaine d’activités particulièrement dynamique, naturellement transversal, pourvoyeur d’emplois à fortes valeurs ajoutées et à la pointe des avancées technologiques en matière de fabrication d’images et de sons.

On pourra lire pour s’en convaincre le dernier rapport publié par le CNC à l’occasion du dernier PIDS Enghein (Festival des effets spéciaux), “L’emploi dans les effets numériques en 2024“, en s’interrogeant, par exemple au hasard, sur les raisons de la vacuité normande en la matière.

Parmi des grandes conclusions à retenir de ce rapport (dont nous vous recommandons fortement la lecture à toutes fins utiles) : la montée en puissance des VFX français, la centralisation du parc d’entreprises dédiées, la maturation du secteur (pérennisation des contrats, allongement des carrières, augmentation de la masse salariale, …), l’énorme besoin de féminisation de la profession pour rééquilibrer un secteur trop fortement genré, atténuer les écarts de rémunération et accessoirement profiter d’apports créatifs indéniables.
On en reparle dans dix ans.

Le futur-présent de la création animée

En dehors des secteurs d’activités spécialisés, qui se préoccupe des bouleversements que provoquent déjà les outils génératifs basés sur l’Intelligence Artificielle (IA) ?
Ces outils, à la fois fascinants et effrayants, tant leur pénétration dans nos vies quotidiennes est rapide et invasive, vont radicalement chambouler tous les domaines de la création animée par l’automatisation quasi-instantanée de tâches qui incombent aujourd’hui à l’écrasante majorité des techniciens (infographistes, animateurs, programmeurs, compositeurs, …) qui constituent la part la plus importante des ressources humaines mobilisées pour la production de films, de jeux vidéos et autres contenus audio-visuels diffusés sur écrans.
La captation de l’une des présentations qui s’est tenue en novembre dernier à Angoulême dans le cadre des RADI-RAF donne un rapide aperçu de quelques-uns des enjeux liés au rôle de plus en plus prépondérant de l’IA dans le processus de fabrication de contenus animés.

Une phrase résume à peu près tout : “l’animation va devenir un moyen de s’exprimer dans les metaverses“. Comprenez : aussi simplement que nous communiquons aujourd’hui nos émotions avec des emojis, nous enverrons ou utiliserons via nos avatars dans les univers virtuels (prochains modes de navigation dans l’Internet) des personnages en mouvement dont l’animation, et plus globalement l’apparence, seront générés et actualisés automatiquement grâce à des programmes “intelligents” (capables notamment de s’auto-instruire pour se perfectionner).

Cet avenir proche, qui n’est plus désormais de la science-fiction, représente-t-il un danger ou une source de nouvelles opportunités pour les filières professionnelles de l’industrie culturelle ?
On en parle quand vous voulez !

 

Pour consulter toutes les synthèses des différentes présentations des RADI-RAF

• Pour cerner, dans les grandes lignes, les évolutions de l’écosystème de l’animation

 

 

 

 

 

Comment s’est portée le marché de l’animation en 2020 ?

Pas mal non plus, si l’on en juge à la lecture de la lettre d’information “Actualité de l’animation française à l’international n°2 – Hiver 2020” publiée récemment par UniFrance, organisme public chargé de la promotion du cinéma français dans le monde.

En voici un court extrait, sélectionné presque au hasard  : “Autre bonne nouvelle, la publication par UniFrance du “Bilan des films français à l’international en 2019” rappelle, certes à contre-temps, que l’animation française a enregistré une très bonne performance l’an dernier. […]  Côté courts-métrages, l’animation a ravi la première place à la fiction en part de chiffre d’affaires, tout en conservant son leadership en volume de ventes ; elle est aussi au cœur des nouvelles écritures et représentait 80% du chiffre d’affaires annuel de la Réalité Virtuelle cette année-là.”

 

 

Comment s’est porté le marché de l’animation en 2019 ?

Pas mal, merci !

A défaut de Rencontres Animation Formation à Angoulême cette année, la traditionnelle séance de livraison officielle des chiffres du marché de l’animation s’est déroulée en ligne, ce 9 décembre 2020.
Vous pouvez retrouver l’ensemble des diaporamas présentés, ici (PDF).
Ou plus directement :
Le marché de l’animation (CNC / Anim’France)
Chiffres de l’emploi (Audiens / Anim’France)
L’emploi dans la production de films d’animation

Pour résumer à gros traits, on pourra retenir :
une continuelle montée en gamme de l’animation française (grâce notamment à sa maîtrise des technologies numériques et à son innovation dans ce domaine), qualité reconnue et plébiscitée internationalement.

• La forte augmentation de la présence des films d’animation en salles : les films animés français et européens ont dépassé le nombre de films animés US en salle.
La tranche des publics adultes demandeurs de films animés d’auteur/adultes ne cessent de croître.

Le marché de l’animation adulte – dont la demande ne cesse d’augmenter – reste à conquérir par la France“.
 J’ai perdu mon corps n’a pas fini de produire ses effets d’entraînement, comme Kirikou après 1999.

L’animation française : premier registre cinéma/audiovisuel à l’exportation (devant le documentaire et la fiction en vue continue) !
On le souligne parce que ce n’est pas encore clair pour tout le monde.
Le court métrage d’animation n’est pas en reste. Cf. précédents rapports d’Unifrance.

La demande croissante des plate-formes étrangères d’animation française (jeunesse et adulte) est aussi en forte augmentation.

• Sur les 16 000 heures de programmes animés diffusés en France, 60% sont françaises.

• La dynamique positive de l’emploi se poursuit.

N’en jetez plus !

 

 

 

Les aides territoriales à l’animation, en perspective

Vous le savez maintenant, la raison d’être de Normandie Animation est le développement et la structuration de la filière culturelle et économique de la création animée dans notre région.
Cette mission progresse, lentement mais sûrement, à la faveur de voyants conjoncturelles nationaux et internationaux au vert fluo clignotant.

Pour comprendre les objectifs que nous visons – objectifs indiscutablement à notre portée – il est important de se représenter a minima le contexte national.
La carte ci-dessous a été établie à partir des données fournies très récemment par l’agence régionale du cinéma et de l’audiovisuelle, Normandie Images.
Ces informations statistiques y ont été mises en perspective avec les données nationales annuellement publiées par l’agence Ciclic.
[Cliquez sur la carte pour l’agrandir]

En complément de cette carte, on peut lire le classement détaillé des aides territoriales à l’animation en 2019.
[Cliquez sur la carte pour l’agrandir]

 

 

Le secteur de la création animée en temps de COVID

Le secteur de la production animée – cinématographique, audiovisuelle et interactive – est relativement peu impacté par la crise sanitaire actuelle et ses périodes alternées de confinement-reconfinement. S’il se trouve évidemment des professionnel/les (principalement sous statut indépendant) qui tirent la langue et des conditions de travail dégradées par les contraintes de protection et de distanciation, la crise COVID révèle que les caractéristiques propres à la production animée confèrent à cette dernière une capacité singulière de résistance, voire de résilience, aux bouleversements qui la touchent.

Pour s’en convaincre, on pourra lire d’abord le dernier édito publié par le Syndicat des Producteurs de Films d’Animation, récemment rebaptisé (en juin dernier), Anim’France 😉
Un édito qui fait néanmoins le constat de plusieurs points noirs (taxation improbable des plateformes de diffusion en faveur de la production locale, suppression de France 4, …) sur l’horizon à court et moyen terme de la production nationale de contenus linéaires, c’est-à-dire hors contenus ludo-interactifs et effets spéciaux. Car si l’on intègre ses deux derniers secteurs d’activités comme parties prenantes de la création animée, le constat s’embellit sensiblement.

Parmi les raisons de cette adaptabilité du secteur de la création animée face à la crise, on peut invoquer schématiquement les arguments suivants :

Des processus de fabrication quasi-intégralement informatisés et fortement dématérialisés
Que ce soit dans le contexte industriel (studios) ou dans celui, “artisanal”, des indépendants, la fabrication de contenus animés est presque intégralement digitalisées : numérisation (vectorisation ou scan) des dessins et des modèles virtuels (personnages et décors) en 2D et en 3D, systématisation des échanges de fichiers par Internet, télétravail optimisé (y compris dans la gestion de production), etc.

L’animation en volume (stop motion) n’échappe pas à cette digitalisation. Bien que cette approche technique reste basée sur la prise de vue d’éléments palpables sur un plateau de tournage, la captation et le traitement de l’animation y sont dépendants d’outils numériques (matériels et applications). On l’a vu notamment lors des séances “works in progress” d’Annecy 2020, les tournages en cours des films d’Alain Ughetto ou de Signe Baumane, par exemple, ont été affectés par les périodes de confinement mais ont rapidement su compenser une grande partie des contraintes imposées par la pandémie sur les équipes de travail.

Une évolution de la demande de contenus animés
Elle est corolaire des changements des modes de consommation des contenus narratifs et/ou ludo-pédagogiques, linéaires et/ou interactifs : à la demande, à tout heure de la journée, sur n’importe quel support connecté, trans-médiatique (offre et demande déclinée sur différents médias et supports).
Parallèlement, on le sait, les amateurs de spectacle cinématographique collectif reviendront en masse dans les salles de cinéma hors période de restriction. L’entre-deux confinements, en septembre-octobre dernier, nous a fourni d’irréfutables preuves de l’attachement des publics, jeunes et adultes, aux films d’animation – familiaux ou artistiquement audacieux – projetés en salle de cinéma.

Dans les différents registres de la création animée, la demande de contenus va continuer d’augmenter, pour les jeunes publics mais aussi et surtout pour les publics adultes !
En témoignent l’augmentation simultanée des productions orientées spécifiquement vers les publics mûrs et de la proportion croissante de spectateurs adultes (non-accompagnés d’enfants) dans les salles de cinéma.
Les différentes statistiques publiées chaque année par le CNC l’attestent. Les chiffres de 2019 seront d’ailleurs annoncés ce 9 décembre  sur la chaîne YouTube du Pôle Magelis d’Angoulême entre 15h et 16h.

L’accentuation de l’exode urbain et la généralisation du télétravail
Plusieurs adhérents de Normandie Animation – partiellement ou totalement indépendants de l’industrie audiovisuelle et installés de longue date au fin fond de la campagne normande – l’ont confirmé lors de notre dernière AG en septembre : les dernières réticences au télétravail de la part de leurs commanditaires (parisiens ou étrangers) sont tombées, sans impact sur la productivité et sur la qualité des prestations pour celles et ceux qui en avaient déjà l’habitude.
Cette évolution générale des rapports laboro-sociaux va accentuer un peu plus le phénomène d’exode urbain, étayé par la lame de fond des changements climatiques et de leurs conséquences sur les conditions de vie en milieu sur-pollué.
A la modeste échelle du réseau normand des professionnel/les de la création animée, ce phénomène était déjà manifeste bien avant la crise COVID. La quasi-totalité de nos nouveaux adhérents en 2020 témoignent concrètement de la réalité de cet exode urbain vers la région normande : proche de la région parisienne, modérément urbanisée, aux géographies naturelles variées et relativement préservées, entre mer et verdure. N’en jetez plus !

Autrement dit, la filière normande de la création animée (cinéma, audiovisuel, effets spéciaux, ludo-interactivité) est un levier puissant d’attractivité territoriale, une opportunité à saisir pour le dynamisme socio-économique de notre région.
A bon entendeur.

Panorama Ciclic 2020

Vous exercez en Normandie et vous souhaitez solliciter des aides publiques pour développer et/ou produire un projet d’animation (court, long, série, interactif).
Vous savez déjà, ou vous saurez très vite, que peu d’options locales s’offrent à vous.
Grosso modo :
1) Vous pouvez candidater auprès des collectivités territoriales de la plupart des autres régions de France et, de fait, émigrer – provisoirement ou définitivement – pour espérer vivre de votre passion.
D’autres, et pas qu’un peu, l’ont fait avant vous et ils n’en sont pas morts.
2) Vous pouvez faire montre d’un peu plus de courage (ou d’inconscience, c’est selon) et contribuer avec nous à ce que la Normandie redevienne un jour prochain, la terre de fabrication de belles images qu’elle était, il y a encore peu de temps, depuis au moins un bon millénaire.
3) Vous pouvez renoncer à quémander quoi que ce soit et rester dans votre coin à ronchonner que “l’animation est certes un sacerdoce mais faut bien bouffer.”

Quoi qu’il en soit, vous avez tout intérêt à vous informer des mécanismes publics à l’œuvre un-peu-partout-sauf-chez-nous, pour favoriser le développement de filières solides de création de contenus audio-visuels animés – lesquelles garantissent aux territoires qui les font naître et grandir d’importants retours sur investissements, y compris en terme d’image de marque internationale.
Aussi, vous ne regretterez pas d’avoir jeté un œil sur tout ou partie du “Panorama des interventions territoriales” que publie Ciclic pour saluer l’arrivée de l’inoubliable printemps 2020.

Voici la prose officielle :

Chaque année, Ciclic, agence régionale du cinéma et de l’audiovisuel de Centre-Val de Loire, diffuse son Panorama des interventions territoriales 2020. Celui-ci recense et analyse les soutiens mis en place par les collectivités françaises (régions, départements, villes) en faveur du cinéma et de l’audiovisuel, en partenariat avec le CNC.

Pensé comme un véritable outil de recherche et d’observation du secteur du cinéma et de l’audiovisuel, cet outil offre de nouvelles fonctions ajustées aux pratiques des usagers de cette publication, qu’ils soient professionnels, responsables ou gestionnaires de fonds de soutien ou encore observateurs de ce secteur d’activité.

Retrouvez dans ce Panorama :

En bonus, voilà ce que ça donne quand on synthétise le tout sous forme de classement des aides territoriales et qu’on y met en exergue notre belle région, pourtant si idéalement située pour favoriser le développement d’une filière, par ailleurs fortement “numérisée”, garante de retombées économiques, d’employabilité durable et d’attractivité territoriale.
> tableaux 2018 et 2019 des aides territoriales à l’animation